Egalité Hommes/femmes:TEMOIGNAGE de Mathilde BOURCIERPrésidente du Bureau National des élèves des écoles de commerce C’est un réel plaisir pour moi, de participer aujourd’hui à la 5ème journée des Référents Egalité Hommes-Femmes. Peu d’étudiants ont répondu à mon invitation pour témoigner sur les discriminations qu’ils auraient pu vivre. Mais comment l’interpréter ? Cela veut-il dire qu’il n’y a pas de discriminations ? Que les étudiants ne souhaitent pas en parler ? Ou qu’ils n’en ont pas conscience ? C’est ce que j’ai essayé de comprendre en échangeant avec certains d’entre eux. J’ai également pu trouver quelques réponses en rencontrant des responsables de stages en France et à l’étranger.
Tout d’abord, la plupart des responsables de stage n’ont pas connaissance de cas de discrimination Hommes-Femmes vécu par les étudiants lors de leur stage en entreprise. Les étudiantes sont plus souvent la cible de comportements apparentés à du harcèlement sexuel. Il arrive parfois que sur certaine offre de stage, en interne des écoles, figure si l’entreprise souhaite un étudiant ou une étudiante malgré l’interdiction de cette mention par la loi. Les entreprises et responsables de stage justifient cette pratique par l’aspect culturel. C’est le cas de quelques entreprises indiennes qui préfèrent embaucher un étudiant plutôt qu’une étudiante pour des questions de sécurité. Ensuite, je me suis intéressée à savoir si selon les étudiants il existe des discriminations lors des concours en école de commerce. Voici deux réponses complémentaires que j’ai recueillies : - Non, puisqu’il y a autant de filles que de garçons en règle générale en école de commerce. - Oui, mais elles ne concernent pas vraiment la différenciation Hommes-Femmes. En effet, d’après un rapport publié par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, on peut voir que dans les écoles de commerce, de gestion et de vente, la féminisation progressive des effectifs se poursuit. Aujourd’hui, les écoles de commerce forment autant de femmes que d’hommes : sur l’ensemble des effectifs 2006-2007, 48% des élèves sont des étudiantes contre moins de 46% en 2000. L’un des témoignages recueillis montre que les enseignants, responsables de programmes faisant passer les concours ne font pas de sélections discriminatoires. Mais, il arrive que des examinateurs externes (chefs d’entreprises) fassent passer les épreuves. Ces professionnels pourraient être tentés de choisir des étudiants ayant un profil (c'est-à dire des compétences mais aussi un physique) correspondant à celui d’un futur stagiaire. Je développerai maintenant sur les discriminations que les étudiants ont pu entendre ou vivre lors de leur formation, investissement associatif et stages. Lors des formations en école de commerce, les filles et les garçons semblent être traités de la même façon. Néanmoins, il peut y avoir des différences de traitement entre les majors de promotion et le reste des étudiants : les élèves ayant de bons résultats pourraient être plus facilement excusés de leurs absences et bénéficier de traitements spécifiques dans leurs cursus scolaire : dans la validation de stage par exemple. Cet exemple est bien sûr issu d’une de mes rencontres avec un étudiant et ne peut être vérifié de façon objective. C’est d’ailleurs bien là la difficulté dans la lutte contre les discriminations : comment prouver qu’il s’agit bien d’inégalités lorsqu’il n’y a pas d’éléments vérifiables venant appuyer les ressentis. Les étudiants de manière générale ne paraissent pas avoir conscience des discriminations qu’ils pourraient subir lors de leur première embauche et en début de carrière. Une étudiante ayant déjà fait des stages m’a confié : « Je pense qu’il y a une inégalité de traitement entre les hommes et les femmes en matière de salaire en début de carrière mais il est possible pour une femme d’arriver à la même rémunération qu’un homme si elle fait ses preuves. Les responsabilités seront données moins rapidement et avec plus de méfiance à une femme. On accorde plus facilement sa confiance à un homme en début de carrière, ce qui se traduit par les responsabilités et le salaire, mais il est peut être plus facilement licencié. Il est plus difficile d’accéder à un CDI pour une jeune femme en début de carrière et sans enfants puisqu’il y a un risque pour l’employeur que celle-ci sollicite un congé maternité. L’accès à l’emploi semble plus facile après 35 ans ». Je me suis également intéressée aux associations étudiantes. Toutes les associations souhaitent en début d’année scolaire, recruter de nouveaux membres pouvant apporter une réelle plus-value à l’association. Les recrutements se font donc de manière très professionnelle dans la plupart des écoles. Il peut tout de même y avoir des inégalités. En effet, certains présidents et bureaux préfèrent recruter des étudiants en 2ème année plutôt que des étudiants venant d’arriver à l’école, considérant qu’ils ont moins de capacités. Cela est particulièrement gênant lorsque cette pratique devient presque « normale » et que les premières années ne tentent même plus de s’intégrer dans les associations. J’ai pu recueillir le témoignage de la présidente de la CNPMS : Confédération Nationale des Prestataires en Marketing et Services. Cette association est en relation avec des PMS, Prestataires en Marketing et Services, qui proposent des missions, de courtes durées, souvent une journée. Hôtesses, chauffeurs, street marketing (distribution de tracts publicitaires dans la rue), les entreprises ont beaucoup d’offres mais font parfois preuve de discriminations envers les étudiants. En effet, leurs exigences en termes de profils sont clairement énoncées aux différentes PMS : sexe, critères physiques, nationalité… Voici quelques exemples : - La plupart des entreprises faisant appel aux PMS précise si elles souhaitent un homme ou une femme pour réaliser la mission. - Le plus souvent les femmes réalisent des missions d’hôtesse et les hommes de chauffeur. - Il arrive que des critères physiques soient énoncés : Taille (souvent 1m70 Minimum), taille de pantalon (36 ou 38…), couleur de cheveux (les personnes ayant les cheveux roux ne peuvent pas faire de mission dans certain événements) et même le tour de poitrine pour de grandes occasions, à forte notoriété. - Même si la personne correspond aux critères souhaités, il est possible qu’elle ne puisse pas faire la mission si l’entreprise considère qu’elle ou il n’a pas un visage « parfait ». - Des photos doivent être envoyées aux entreprises. - En ce qui concerne la nationalité, pour des événements de type salons, congrès, des entreprises recherchent exclusivement des femmes de type asiatique, africain, le premier critère n’étant pas la compétence mais l’image. La CNPMS se bat pour que ces discriminations ne se développent pas et refuse les missions trop discriminatoires. Le juste milieu est parfois difficile à trouver car ces associations étudiantes dépendent directement des entreprises qui abusent parfois de leur position. Ces différents témoignages indiquent le chemin qu’il reste à parcourir pour que le sujet de la discrimination soit l’objet d’une réflexion lors de la formation de futurs managers. Les lois instituant l’égalité Hommes-Femmes en matière de rémunération et d’accès aux responsabilités doivent être appliquées dans une société revendiquant sa « modernité ». Source : www.cge.asso.fr/presse/ |